Gamal ELKHESHEN : De la terre à l’âme

Présentée par Gallery Misr à 1-54 Londres, la série People and the Nile de Gamal ELKHESHEN poursuit une exploration de la terre, de la spiritualité et du sentiment d’appartenance. En conversation avec MAYÌ ARTS, l’artiste égyptien revient sur les rencontres à l’origine de ses peintures, la place de la recherche et du récit dans sa pratique, et son désir de transmettre l’âme de celles et ceux profondément liés à leur terre.

Gamal ELKESHEN

À l’occasion de la foire 1-54 Londres, nous avons rencontré Gamal Elkheshen, qui y présente ses dernières recherches artistiques, People and the Nile, une série profondément émouvante rendant hommage à ce fleuve sacré et aux populations qui lui sont intimement liées. L’artiste égyptien revient sur son parcours artistique et nous dévoile le lien singulier qu’il entretient avec la terre, la spiritualité et son territoire natal.

MAYÌ ARTS : Pourriez-vous revenir sur les débuts de votre parcours artistique ?

Gamal ELKHESHEN : J’ai commencé à pratiquer avant d’intégrer la faculté des beaux-arts, dont je suis diplômé depuis 2010. Cette formation m’a apporté mes fondements académiques, mais je participais déjà à des expositions pendant mes études. J’ai entamé ma carrière professionnelle immédiatement après l’obtention de mon diplôme.

Pourtant, je considère souvent ma participation à la 56e Biennale de Venise, où je représentais l’Égypte, comme mon véritable point de départ. J’étais très jeune, j’avais 26 ans, et je ne mesurais pas pleinement l’ampleur de l’événement. Je suis arrivé sans catalogue et je n’ai même pas organisé de vernissage officiel pour mon pavillon, car je ne savais pas que cela faisait partie des choses à prévoir.

Je me décris parfois comme un artiste naïf à cette époque. Mais cette expérience m’a ouvert les yeux sur le monde de l’art. J’ai ensuite commencé à exposer avec Gallery Misr, avec qui je travaille depuis.

MAYÌ ARTS: Qu’est-ce que cette expérience a changé dans votre compréhension de votre propre travail ?

Gamal ELKHESHEN: Elle m’a aidé à croire en mon travail et au message que je souhaitais transmettre. L’Égypte traversait de nombreux changements et conflits, sur les plans économique et politique. Je devais me demander : que souhaitais-je exprimer en tant qu’artiste égyptien représentant mon pays ?

Mon projet avait été retenu à l’issue d’un concours réunissant de nombreux artistes. Habituellement, les artistes qui représentaient l’Égypte étaient des personnalités plus âgées et établies. Recevoir cette opportunité si jeune était donc marquant. Cela m’a permis de porter un autre regard sur mon travail et sur la responsabilité qu’impliquait sa présentation.

MAYÌ ARTS: Votre dernière série, People and the Nile, s’inscrit dans une recherche au long cours. Où ce cheminement a-t-il commencé ?

Gamal ELKHESHEN: En 2023, j’ai présenté un ensemble d’œuvres intitulé Adem. En arabe, ce mot désigne la surface de la terre, le sol, et renvoie à Adam, créé à partir de cette terre.

J’ai commencé à explorer les liens entre les êtres humains et la terre. Dans les récits religieux et les interprétations auxquels je m’intéressais, la peau sombre d’Adam était associée à la terre dont il était issu. Cette relation est devenue le point de départ de cette série.

Puis j’ai commencé à sentir qu’il n’était pas seulement question de la terre, mais aussi de l’âme. Cela m’a conduit vers le soufisme, puis vers l’exposition suivante, Maqam al-Nur, en 2025. Je m’intéressais aux lieux et aux traditions à travers lesquels nous célébrons le lien des êtres humains à Dieu.

People and the Nile poursuit cette exploration. Pour moi, le Nil est l’âme de l’Égypte. Notre civilisation s’est développée autour de lui. Je voulais m’intéresser aux personnes dont la vie reste attachée au fleuve.

People and The Nile VII, Gamal ELKHESHEN, Acrylic on canvas 120x75cm, 2026

MAYÌ ARTS: Comment ces différents ensembles d’œuvres se rejoignent-ils ?

Gamal ELKHESHEN: Ils abordent une même relation sous différents angles : les êtres issus de la terre, leur lien spirituel et leur attachement au Nil. La dimension émotionnelle relie ces trois ensembles. J’éprouve un profond attachement envers les personnes que je peins. À travers mon travail, je célèbre celles et ceux qui restent intimement liés à leur terre.

MAYÌ ARTS: Qui sont ces personnages représentés dans vos peintures ?

Gamal ELKHESHEN: Il s’agit de personnes que je connais. J’ai voyagé dans le sud de l’Égypte, en Nubie et à Assouan, où j’ai rencontré celles et ceux qui ont inspiré ce travail. J’ai été profondément touché par leur sérénité, qui se reflétait jusque dans leur manière de s’habiller : leurs galabeyas en coton blanc, mais aussi leur présence même.

J’ai commencé ces recherches en 2021, avant de présenter Adeem en 2023. Puis sont venus Maqam al-Nur en 2025 et People and the Nile en 2026. C’est un cheminement, à l’image d’un fleuve. Je ne sais pas où il me mènera, mais je suis heureux de poursuivre cette exploration.

People and The Nile I, Gamal ELKHESHEN, Acrylic on canvas 80x120cm 2026

MAYÌ ARTS: Egypt sits at the meeting point of African, Arab and Mediterranean histories. How do you understand these different identities?

Gamal ELKHESHEN: L’Égypte est un pays africain, et elle a également été une porte d’entrée pour les cultures arabes et pour bien d’autres. Lorsque l’on parcourt son histoire, on retrouve les Égyptiens de l’Antiquité, les Grecs et les Romains, le christianisme puis l’islam, ainsi que d’autres périodes d’occupation et d’influence étrangères.

Je ressens ce caractère cosmopolite de l’Égypte. Nous sommes un peuple accueillant. Ces différentes histoires ont contribué à façonner le pays et ce que nous sommes.

MAYÌ ARTS: Parallèlement à votre pratique artistique, vous travaillez dans le milieu universitaire. Comment la recherche et l’enseignement nourrissent-ils votre travail ?

Gamal ELKHESHEN: J’aime la recherche, particulièrement les dialogues interculturels qu’elle peut faire naître. Mon travail universitaire me permet d’approfondir et de consolider les recherches qui nourrissent ma pratique.

J’aime également enseigner, étudier l’histoire et travailler en atelier avec mes étudiants, en dessinant et en peignant d’après nature. J’ai enseigné dans plusieurs universités et je travaille aujourd’hui à la British University in Egypt, au Caire, où mes responsabilités comprennent la recherche et les études de troisième cycle.

J’aime développer mes propres recherches, mais aussi accompagner les autres dans les leurs.

“J’éprouve un profond attachement envers les personnes que je peins. À travers mon travail, je célèbre celles et ceux qui restent intimement liés à leur terre.”
— Gamal ELKHESHEN

MAYÌ ARTS: Avez-vous toujours su que vous vouliez devenir peintre ?

Gamal ELKHESHEN: J’ai toujours aimé raconter des histoires. Tout a commencé ainsi. J’écrivais et je réalisais des illustrations pour accompagner mes textes, mais je ne m’imaginais pas nécessairement devenir peintre. Aujourd’hui encore, je considère mon travail comme une manière de raconter des histoires. Je commence toujours par l’écriture et la recherche. Ce n’est qu’ensuite que je passe à l’atelier. C’est le sujet qui me conduit vers le médium. Cela vaut pour tous mes projets, qu’il s’agisse de peinture, de dessin, de vidéo ou d’installation.

Certaines idées ne peuvent prendre forme, pour moi, qu’à travers la peinture. D’autres me semblent plus fortes sous la forme d’un dessin, d’une vidéo ou d’une installation. Le médium découle de ce que je cherche à exprimer.

MAYÌ ARTS: Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent de leur rencontre avec vos œuvres à 1-54 ?

Gamal ELKHESHEN: L’âme de ces personnes qui sont liées à la terre. J’aimerais que les visiteurs ressentent cette âme, cet attachement. C’est ce que j’espère leur faire rencontrer à travers mon travail.

MAYÌ ARTS: Et vous, comment entretenez-vous votre lien à votre environnement et à vos racines ?

Gamal ELKHESHEN: En essayant de rester en paix et de voir la beauté chez les autres.

Notre passage dans ce monde est court. Nous devons réfléchir au sens de notre présence ici : être sensibles les uns aux autres, nous comprendre et reconnaître la valeur de chaque personne. Nous partageons cette terre. Pour moi, nous ne sommes qu’un.

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Ngalula MAFWATA

Ngalula MAFWATA is the Founder of Mayì-Arts.

https://www.mayiarts.com
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